Mathilde Dubillot
Mes fantômes à moi ont peur du noir, 2020
transferts photographiques sur papier Washi 18g, fils de coton de couleurs variées, 29x42cm. 
Les photographies de famille récoltées sont malmenées lors d’expériences devenues procédés créatifs. Elles y ont laissé des plumes, des morceaux de visages, un bras, une jambe, une branche ou un pan de mur. Peu importe, c’est là qu’a lieu la rencontre entre l’image et le geste qui la dégrade, entre une mémoire qui s’abîme et ce qui invoque cette perte. Que deviennent alors ces espaces vides, surfaces devenues vierges où tout est possible ? Ils se font terrain de jeu où se déploient des formes colorées qui veillent à recouvrir tout en mettant en évidence ces trous de signes ou de sens, ces absences de matière. La broderie fait réparation et lien délicat après la négligente destruction. L’image s’évanouit dans l’accumulation des processus. Elle devient fantôme flottant qui se révèle au gré de la lumière et des courants d’air.

Dans ce travail, la photographie s’offre en tant que victime sacrificielle mise à mort dans l’effusion pulsionnelle. Le geste noie l’image et la représentation dans l’intensité du mouvement répété. Le corps s’implique alors dans l’expérimentation du lien qu’il établit avec l’image, générant une nouvelle forme d’écriture. L’ensemble de la série expose la dualité entre violence pulsionnelle d’un geste qui s’affranchit et se libère des contraintes d’un procédé et la réparation délicate des béances laissées. La photographie de famille devient objet malléable à expérimenter, à déplacer de support en support, à malmener jusqu’à ce qu’elle atteigne sa propre limite de représentation. La broderie crée alors des espaces cicatriciels. Les zones affectées sont recouvertes par des fils colorés qui tissent un lien entre l’image et ce qui est venu à la fois l’abîmer et la réparer. Dans la piqûre de l’aiguille qui traverse le papier, le trou en sa surface, s’affirme ce détail qui nous transperce, le punctum de Barthes. Les fils deviennent masques, pointant une partie rendue invisible de la photographie, défigurée, dans laquelle est apposé un peu du moi individuel.

mathilde.dubillot@gmail.com
@tunadanstesbras 




Mathilde Dubillot, Mes fantômes à moi ont peur du noir, 2020, transferts photographiques sur papier Washi 18g, fils de coton de couleurs variées, 29x42cm. 
Mathilde Dubillot, Mes fantômes à moi ont peur du noir, 2020, transferts photographiques sur papier Washi 18g, fils de coton de couleurs variées, 29x42cm. 






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