Vincent Lambert
Nothing never happens, 2021
photogramme, Vidéo HD, 6 min 51 sec.

J’ai compris que le seul bonheur ici-bas était d’observer, d’épier, de guetter, de scruter son propre personnage et celui des autres, de n’être rien qu’un regard, qu’un œil immense, légèrement vitreux, quelque peu injecté de sang et qui ne cille jamais. 
Vladimir Nabokov, Le guetteur, 1930

Nothing never happens observe des stratégies de mise en scène de soi, la chorégraphie fortuite de combats infimes pour mettre en image notre fragile présence au monde. 
Inspirés des notions de « sphères proxémiques » développées par Edward T. Hall, ces deux plans-séquences ont pour thèmes le partage d’un territoire et la représentation de soi. Ils s’attachent également à explorer l’usage de la photographie et de la vidéo elles-mêmes comme outils de fictionnalisation : le ralenti, la musique et le protocole de captation, inspiré des principes de la street photography, tendent à instaurer une narrativité et à transposer la rue en espace scénique, redoublant ainsi l’usage que font de ces lieux les personnes filmées, en y instillant le doute et l’étrangeté.  
En 1959, dans son livre La présentation de soi – La mise en scène de la vie quotidienne, Irving Goffman résumait la signification sous-jacente à toute interaction dans l'espace urbain par la formule « nothing never happens » : « rien » n’arrive jamais. La précision inquiétante offerte par la technologie, nous permettant une observation si méticuleuse des attitudes, semble le mettre en évidence, mais de façon ambiguë, tendue entre froide objectivité et fiction poétique.


@vincen_lambert

Vincent Lambert, Nothing never happens, 2021, Vidéo HD, 6 min 51 sec.

Sens de la visite
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